|
José Van Dam
par Hugues Henry de Frites.be (16 janvier 2003). |

Né le 25 août 1940 à Bruxelles, José Van Dam est assurément 'la' voix de la Belgique. Désolé, Helmut... A-t-il chanté la Brabançonne pour Frites.be? La réponse ci-dessous, à l'occasion de sa rencontre avec Frites.be lorsqu'il fut nommé Doyen d'Honneur du Travail Honoris Causa.
Frites.be: Le mot "belgitude" vous évoque-t-il quelque chose en particulier?
José Van Dam: "Je dois vous avouer que cela ne m'évoque pas grand-chose étant donné que je suis rarement en Belgique. Puis, il faudrait d'abord m'expliquer ce que cela veut dire avant que je ne puisse vous donner mon avis à ce sujet... Je connais les belgicismes, comme 'je sais pas faire ça', mais pas la belgitude."
En raison de votre carrière internationale, n'éprouvez-vous jamais un sentiment de déracinement?
"Oui... mais surtout au départ, car cela fait maintenant 40 ans que j'ai quitté la Belgique. J'y demeure toujours, mais malheureusement très peu, car je voyage neuf mois par an; mais je ne crois pas que l'on puisse parler de déracinement, parce que notre art nous suit partout. Il s'agit donc plus d'un déracinement aux yeux du foyer, des amis et de la famille, mais c'est peut-être un mal pour un bien parce que quand on se retrouve après c'est toujours la fête."
La plupart des Bruxellois n’aiment pas Bruxelles, mais pourquoi?![]()

Quels sont ces lieux qui vous semblent intimement liés à notre Royaume?
"Je suis Bruxellois, donc c'est toujours Bruxelles. Je suis assez étonné parce que quand je voyage je parle avec beaucoup d'étrangers qui ont vécu à Bruxelles, à cause de la commission européenne, du SHAPE ou de l'OTAN, et ils aiment tous Bruxelles, tout comme moi. Or la plupart des Bruxellois n'aiment pas Bruxelles, ils trouvent que c'est une ville morte. Et c'est donc une chose qui m'étonne! Car c'est une ville extraordinaire. Même si elle a été abîmée comme toutes les villes, il y a évidemment cet humour bruxellois qui est assez extraordinaire."
Voici mon histoire belge...![]()

En parlant d'humour, pourriez-vous nous raconter une histoire belge?
"Oui, et il paraît que je les raconte très bien, en raison de mon accent, qui était le bruxellois au départ... Souvent ce sont les Français qui nous racontent de mauvaises histoires belges, or moi je leur en raconte des bonnes."
Par exemple?
"Elles sont longues, mais... C'est celle du couple belge qui est devenu riche en gagnant au Lotto. Ils vont à Paris et décident d'essayer tout ce qui est le plus cher. Ils vont à l'hôtel Georges "v" comme ils disent, avenue Georges "v", ils demandent au portier un restaurant très cher, et ils mettent ainsi le cap sur la Tour d'Argent. Ils y prennent ce qu'il y a de plus cher, notamment du homard, avec celui-ci, le serveur apporte un rince-doigt, donc de l'eau avec du citron. La dame interroge son mari à ce propos. Elle doit répéter sa question car il est en admiration face à la beauté et le chic de l'endroit. "On voit même Notre-Dame d'ici, c'est magnifique." Elle le relance: "Le citron avec l'eau, c'est quoi?" Le mari, à ce moment-là, s'extasie face à la carte des vins et l'épouse finit par se retourner vers le garçon, qui appelle le maître d'hôtel...
La dame: "C'est quoi cette eau avec ce citron?
– C'est un rince-doigt, Madame, c'est pour se rincer les doigts..."
Et le mari intervient cette fois: "Bravo garçon, à question idiote, réponse idiote!"
Les Frites? Moi, ce serait plutôt les crèpes...![]()

Y a-t-il un goût ou un parfum qui immanquablement vous évoque la Belgique?
"Le parfum des frites, naturellement! Les étrangers disent aussi qu'en Belgique on mange très bien, que la cuisine y est assez réputée, et même nos plats nationaux, comme les moules-frites, les anguilles au vert, le waterzooï... ce sont des plats non pas coûteux mais assez goûteux, et j'apprécie la bonne cuisine."
A chaque fois que vous revenez en Belgique, vous plongez donc sur les frites...
"Pas vraiment les frites en fait, moi, ce serait plutôt les crêpes. Maman, quand c'était la Toussaint ou la Chandeleur, invitait la famille, nous étions assez nombreux, et elle faisait 100 à 120 crêpes pour toute la famille! Dès qu'on en fait à la maison, je le sens, c'est infaillible; pour moi, elles ont peut-être encore plus d'odeur que les frites."
Le Grand Jojo, c'est un humour un peu... je dirais trop belge![]()

"Oui! C'est une ministre qui, au mariage de Mathilde et de Philippe, a dit: "Pour moi, le moment le plus émouvant, c'est quand Jean-Claude Van Damme a chanté." Elle s'est d'ailleurs excusée, car elle me connaît très bien... et je l'ai naturellement pris avec humour."
Pensez-vous que Le Grand Jojo ait, à sa façon, contribué au rayonnement du Royaume?
"Malheureusement oui... (Rires.) Non, je trouve cela très drôle, m'enfin c'est un humour un peu... je dirais trop belge. Je ne l'ai entendu que très rarement, mais ce n'est pas le genre de musique classique qui me plaît."
Certaines grandes voix, comme la vôtre, se sont parfois associées à des artistes dits de "variétés". Avez-vous jamais envisagé l'une ou l'autre collaboration un chanteur belge de cette catégorie?
"Pourquoi pas? Je ne suis pas contre ce genre de chose, l'essentiel, c'est que ce qu'on fait soit de qualité – et donc je ne vais pas m'associer au Grand Jojo ou à Helmut Lotti uniquement pour faire un coup de pub ou pour vendre 100.000 disques. On peut faire certaines associations, mais si elles sont de qualité."
Diviser notre équipe nationale de football... c'est d'un ridicule!![]()

Pouvez-vous nous donner le nom d'un artiste belge avec lequel vous pourriez envisager une telle collaboration?
"Non. A un certain moment, on m'avait demandé de faire un duo avec Whitney Houston, mais ça n'a pas marché. Or c'est une chanteuse que j'aime beaucoup, je trouve qu'elle chante bien, donc éventuellement cela m'aurait intéressé."
Vous aviez annoncé en août 2001 votre intention de quitter la scène dans les quelques années à venir...
"Euh... mais je n'ai toujours pas quitté la scène. Août 2001, c'est déjà passé? (Rires.) Je ne m'en suis pas aperçu! Mais je l'envisage toujours car je suis toujours très intéressé par l'enseignement et j'aimerais dans les années qui viennent m'y consacrer. Donc il faudrait que je quitte tout doucement la scène pour enseigner."
En Belgique?
"Peut-être bien oui..."
Le surréalisme belge, terme bien souvent galvaudé, y croyez-vous?
"Encore faut-il savoir ce qu'on entend par là... Personnellement, quand on me parle de surréalisme belge, je vois cela plutôt sur le plan politique. Je ne fais pas de politique et je suis assez ignare dans ce domaine, mais je trouve un peu surréaliste, quand on bâtit l'Europe, que notre petite Belgique se permette encore de se diviser en deux ou trois parties à une époque où ce n'est plus du tout d'actualité. Il y a peu j'entendais à la radio que certains voulaient diviser notre équipe nationale de football... c'est d'un ridicule! Ca, c'est très surréaliste, ça devient même dangereux."
|
CV José Van Dam (16 janv. 2003) Son CV à la date de l'interview... Ouvrir ce document |
|
|
Très bon commentaire. Sujet fort intéressant. Merci à Monsieur Van Dam pour les magnifiques airs d'opéra si bien interprétés et les beaux moments passés à les écouter. — Philipe De paeuw, bpes@skynet.be, 22 mai 2004 , ref.1651. |